Toutes les couches sociales se félicitent de la réalisation de ce pont et remercient les autorités qui ont permis sa construction. Des commerçants aux agents de l’administration en passant par les promoteurs de sociétés de transport, les conducteurs, les convoyeurs, les agents de santé, les enseignants, les riverains, les élus locaux, tous s’accordent sur les bienfaits du pont de la Sirba. Un regard dans un passé pas lointain, ce passage au niveau du cours d’eau de la Sirba ou simplement du barrage de la Gnagna, réveille des souvenirs douloureux.

Du pont de la mort à celui de la vie

Autrefois « pont de la mort » parce qu’il n’y en avait pas justement, « le pont de la Sirba est aujourd’hui le pont de la vie », affirme le maire de la commune de Bilanga, Bandiba Lankoandé, qui a connu la période où des gens y laissaient la vie, en tentant de traverser et où des malades en évacuation sanitaire étaient bloqués au niveau de la digue du barrage en saison des pluies. Pour lui, cette infrastructure soulage les 142 000 habitants de sa commune et au-delà toute la province de la Gnagna. Il a toujours en mémoire, tout comme Lazare Tindano, riverain et témoin du drame, ce souvenir de 2009, où un tracteur s’était renversé en pleine traversée, causant la mort d’une dizaine de personnes. « Depuis ce drame, des promesses ont été faites et nous avons attendu longtemps, jusqu’à la concrétisation en 2017 de la promesse du gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré que nous tenons à remercier », dit le maire. Il souligne que depuis la construction du pont, aucun décès n’a plus été enregistré à ce niveau. Selon Dayéri Damolga, directeur du centre médical protestant de Piéla, « On ne peut pas oublier les actions de ce gouvernement, parce que ce n’était que des promesses avant ».

Des souvenirs amers du passé

« Les voyageurs appelaient d’abord pour se renseigner sur le niveau de l’eau sur la digue avant de démarrer », rappelle le maire de Bilanga. « Sinon, en période de crue (NDLR : juillet et août), les voyageurs pouvaient séjourner deux à trois jours sur une rive, en attente de la baisse du niveau de l’eau pour traverser, atteindre l’autre rive et continuer le voyage », selon Yentemba Motandi Pallo, un conducteur sur l’axe Bogandé-Fada. « Il nous arrive parfois de rebrousser chemin quand on arrive et on trouve que le niveau de l’eau ne nous permet pas de traverser. Et là, certains passagers nous réclament la réparation des dommages, et d’autres attendent simplement le prochain départ », se rappelle Claude Sawadogo, convoyeur d’une compagnie de transport de l’axe Manni-Bogandé-Fada. Les conducteurs des véhicules de transports en commun précisent que cela constituait un calvaire, non seulement pour eux, mais, surtout, pour leurs passagers, dont certains assistaient impuissants au pourrissement de leurs marchandises périssables, toute la durée de l’attente. Un risque que ne se permettaient pas de prendre les commerçants comme René Lankoandé, de Piéla. « On arrêtait nos voyages en juillet et août au moment où le pont n’était pas construit. Aujourd’hui, nos activités prospèrent avec l’existence de ce pont et on ne se pose plus de question, quel que soit le moment, quand on veut effectuer un voyage sur cette route », déclare-t-il. Un autre Bandiba Lankoandé, instituteur certifié, enseignant à l’école primaire Youra Yaari de Bogandé témoigne que les voyageurs comme lui devraient débourser au moins 3 000 FCFA pour se faire aider pour la traversée de la digue quand le niveau de l’eau le permet.

« Vraiment je suis heureux de mon pays »

La construction de cette infrastructure est un véritable soulagement, surtout pour les malades en évacuation sanitaire vers Fada N’Gourma, et qui devaient emprunter ce passage en saison des pluies. Pour Dayéri Damolga « avant la construction du pont de la Sirba, nous avions des malades en évacuation qui succombaient, parce que bloqués à ce niveau ». Selon lui, lorsque le passage était impossible, l’alternative était de faire le grand tour Piéla-Boulsa-Pouytenga-Koupéla-Fada, plus de deux fois le trajet direct. Depuis Bogandé, c’est le même trajet qu’effectue le conducteur Boundjoa Maxime Thiombiano pour pouvoir convoyer à Fada, les candidats aux concours directs de la fonction publique. « Le pont nous est donc très utile », se réjouit-il. Le Médecin chef du district (MCD) sanitaire de Bogandé, Palamanga Ouoba lui, précise qu’en cas d’extrême urgence, il référait les malades à Dori dans la région du Sahel. « Avec la construction du pont, nos malades ont accès au CHR de Fada, avec moins de difficultés qu’avant. Et aujourd’hui, quand on franchit ce pont, on se rappelle de tout ce qui se passait au temps du cassis. Vraiment je suis heureux », soupire-t-il. Après la réalisation de ce pont, Daouda Nassouri, PDG d’une compagnie de transport, se projette déjà, sur le bitumage de la route, qui va sans nul doute accroître la mobilité des personnes et des biens sur cet axe routier