Au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) urbain de Ziniaré dans la région du Plateau central, ce jeudi, Sidonie Kabré vient de mettre au monde un garçon et ce, sans dépenser de l’argent. Depuis le début de sa grossesse, Sidonie Kabré a toujours eu gratuitement ses consultations prénatales et autres examens liés à sa grossesse dans ce CSPS. « C’est vraiment une bonne chose. Depuis 9 mois que je fréquente ce centre pour le suivi de ma grossesse, je n’ai jamais rien payé. Tout a été gratuit et c’est vraiment une très belle initiative de la part du gouvernement. Car, en raison des nombreuses dépenses liées à la grossesse, de nombreuses femmes ne font pas suivre leur grossesse et accouchent même à domicile. Ce qui est pourtant très dangereux pour la mère et pour l’enfant », déclare Sidonie Kabré.
Dans la salle de consultation, patiente Andréa Sawadogo. Enceinte de 9 mois, elle est au centre pour sa dernière consultation prénatale dans la sérénité. « Je suis très contente de la politique de gratuité. Depuis le début de ma grossesse, je n’ai pas déboursé le moindre centime. Nous rendons grâce à Dieu pour cette mesure, car souvent il est très difficile d’assurer les trois repas de la journée et s’il faut ajouter les dépenses de la grossesse, on ne s’en sort vraiment pas », rappelle madame Sawadogo.
Prendre les produits sans rien payer
Au CSPS du secteur n° 3 de Ouagadougou à Dapoya, Carine Lalsagha vient de voir le médecin avec sa fille de moins de 5 ans qui souffre de diarrhée et de dermatose. « Ils ont examiné ma fille sans prendre le moindre sou et avec l’ordonnance, je suis allée prendre les produits au dépôt pharmaceutique du CSPS sans rien payer », précise-t-elle. Pour madame Lalsagha, c’est devenu une habitude de soigner son enfant au centre de santé et de promotion sociale de Dapoya gratuitement. Elle remercie « les autorités qui sont à l’origine de cette gratuité, permettant aux mamans de se rendre dans les centres de santé en toute sérénité ».
Pour l’infirmier chef de poste du CSPS urbain de Ziniaré, Patrice Wibga, la gratuité des soins a entraîné une grande fréquentation du centre et augmenté la charge des agents de santé. Selon lui, il s’agit d’une politique qui est bien appréciée des populations. « Avec cette politique, nous pouvons recevoir près de 50 enfants par jour, alors qu’avant on ne recevait même pas la moitié. Aussi, nous n’enregistrons plus de femmes qui viennent accoucher sans un suivi adéquat de la grossesse », soutient-il.
La gratuité, une priorité
Entre 2016 et 2019, ce sont 59 345 471 actes gratuits qui ont été réalisés pour un coût estimé à 104 394 084 352 F CFA. L’opérationnalisation de la gratuité des services de la planification familiale se fait de façon progressive et a débuté par l’implémentation d’une phase pilote depuis le 1er juin 2019 dans les régions des Cascades et du Centre-Ouest. Au 31 décembre 2019, 79 300 prestations ont été offertes dans ces deux régions pour un coût de 55 047 203 FCFA. Le passage à l’échelle nationale est prévu pour cette année 2020.
La gratuité, cinq éléments majeurs
Aux centres de santé et de promotion sociale de Dapoya et de Ziniaré, comme partout au Burkina Faso, cette gratuité des soins est effective. Elle concerne les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes avec une prise en charge de la grossesse, l’accouchement et les soins nécessaires jusqu’au 42e jour. Les femmes souffrant de fistules obstétricales, celles âgées de 25 à 55 ans dépistées pour des lésions cancéreuses et les contraceptions modernes où naturelles, sont également prises en compte dans la politique de gratuité des soins. Selon le docteur Pierre Yaméogo, responsable de la coordination nationale de la mise en œuvre de la politique de gratuité des soins au Burkina Faso, la mesure prend en compte cinq éléments majeurs : les actes de consultations, les actes d’interventions, les examens complémentaires, les évacuations et hospitalisations, ainsi que les médicaments et consommables médicaux.
30 milliards FCFA par an
Les difficultés auxquelles est confrontée cette politique, selon le chef de poste du CSPS urbain de Ziniaré, M. Wibga, sont les ruptures de stocks de médicaments.
Dr Pierre Yaméogo, responsable de la coordination nationale de la mise en œuvre de la politique de gratuité des soins au Burkina Faso, a une explication : « Avant même la mise en œuvre de la politique de gratuité des soins, les médicaments n’étaient déjà pas disponibles à 100 %. Avec la politique qui a entraîné une augmentation importante du nombre de patients qui fréquentent les formations sanitaires, ce manque se ressent encore plus ».
La gratuité des soins de santé reste à coup sûr une politique à même d’améliorer l’offre sanitaire au Burkina Faso. Elle coûte à l’État burkinabè la somme de 30 milliards FCFA chaque année. C’est un effort du président Roch Marc Christian Kaboré qui entend offrir des soins de santé de qualité aux plus vulnérables.
La mesure devrait donc se poursuivre et Dr Yaméogo soutient que l’avenir de la gratuité des soins devra être l’impulsion de l’assurance maladie universelle. « On peut tenir une gratuité ciblée sur 10 à 15 ans. Donc l’idéal est d’asseoir une assurance », déclare-t-il.