La liaison en fibre optique de plus de 300 km depuis Ouagadougou jusqu’à la frontière du Ghana en passant par Manga et Pô, avec une bretelle vers Bagrépôle, permet au Point d’atterrissement virtuel (PAV) de disposer directement de la capacité internationale convoyée par la fibre optique jusqu’à Ouagadougou, et d’ajouter une redondance physique pour une interconnexion régionale plus sûre. Aussi, 5 giga de capacité arrivent au PAV grâce à cette liaison. Le PAV est géré par une société coopérative simplifiée qui regroupe les opérateurs de téléphonie et les Fournisseurs d’accès Internet (FAI) et l’État à travers l’Agence nationale de promotion des TIC (ANPTIC). Le Point d’échange Internet, autre infrastructure réalisée dans le cadre du PRICAO, vient améliorer et faciliter les échanges de trafic internet locaux et l’accès au contenu local. Ces réalisations structurantes permettent au Burkina Faso de s’affranchir des difficultés rencontrées par les pays enclavés n’ayant pas d’accès direct aux câbles sous-marins pour leur accès Internet. « Ces infrastructures viennent résoudre un problème fondamental pour l’ensemble des opérateurs de téléphonie et des fournisseurs d’accès Internet, qui est l’accès aux câbles sous-marins à des tarifs raisonnables. La pose de la fibre optique et l’acquisition de la capacité pour trois ans à un tarif intéressant, créent aussi un certain dynamisme sur le marché de l’Internet », soutient Philippe Goabga, directeur des Affaires corporatives et de l’International d’un fournisseur de la place et par ailleurs président du comité de gestion du PAV qui salue la vision du chef de l’État en matière de promotion des TIC.
« On remarque un État stratège qui a décidé de faire du numérique, un des leviers du développement. Il y a une stratégie qui a été pensée et qui s’exécute au fur et à mesure », soulignet-il. En effet, les principaux projets dans le domaine prennent en compte les différents goulots d’étranglement du secteur pour l’amélioration de la qualité, pour l’amélioration de la pénétration des TIC au Burkina Faso. Et « en tant qu’opérateur, cela nous a permis d’avoir de la capacité à des tarifs vraiment étudiés et très intéressants. Cela nous a permis également d’améliorer la qualité de services aux abonnés », se réjouit monsieur Goabga.
Le RESINA en nette amélioration
L’ANPTIC a pu acquérir auprès du PAV, 1 giga de capacité qui vient améliorer significativement le Réseau informatique de l’Administration (RESINA). Et avec l’inauguration d’un PAV à Bobo-Dioulasso, l’ANPTIC a doublé sa capacité avec l’acquisition d’un giga supplémentaire. De plus, le déploiement de la fibre optique, en milieu urbain, a permis un accroissement du nombre de bâtiments raccordés dans les chefs-lieux de région. Un bilan fait ressortir un accroissement du nombre de bâtiments administratifs raccordés par fibre optique au RESINA en région, de 52 en 2016 à 658 en fin 2018. Et la bande passante internationale utilisée par l’administration publique pour acheminer le trafic Internet est passée de 120 Mbps à 480 Mbps entre 2016 et 2018. Parallèlement, le gouvernement a travaillé au renforcement du RESINA à travers le déploiement de 49 pylônes pour les liaisons sans fil; la mise en service de 63 stations LTE (Long Terme Evolution, une technologie sans fil en haut débit) et 30 liaisons sans fil point à point et 04 stations satellitaires O3b (Over 3 billions); l’interconnexion au RESINA par la LTE de 171 bâtiments administratifs et le renforcement de 118 réseaux locaux.
Dans la région du Centre-Sud, la ville de Manga est connectée au RESINA par fibre optique. « Avant, au niveau de Manga, on avait des soucis avec la connexion Internet. Que ce soit au niveau des financiers ou au niveau des collectivités, pour lancer certains marchés, il faut envoyer des mails depuis Ouaga et c’était vraiment compliqué », reconnait le Secrétaire général du Conseil régional du Centre-Sud, San Traoré. Avec le PRICAO, « la ville de Manga est maintenant connectée et des services publics en mission dans la ville viennent se connecter le plus souvent à la mairie pour traiter leurs dossiers », renchérit le Secrétaire général de la mairie de Manga, Halidou Boundané.
Au niveau de la Direction régionale du Contrôle des Marchés et des Engagements financiers du Centre-Sud, « il y a eu une amélioration avec l’augmentation de la puissance du débit », note le correspondant informatique, Mahamadou W. Diarra. Même son de cloche à la Direction régionale des Impôts et à la Direction régionale de l’Éducation nationale où la connexion à la fibre optique a donné un coup d’accélérateur au traitement des dossiers. « On est vraiment soulagé avec l’avènement du projet PRICAO et on gagne en temps et en papier », soutient le Secrétaire général du Conseil régional du Centre-Sud.
Outre les services publics, la disponibilité de la capacité Internet sur place au PAV a permis aux opérateurs et aux fournisseurs d’accès internet d’offrir des services moins coûteux aux consommateurs. « Nous prenons 2 giga de capacité au PAV et cela nous a permis de faire face à la concurrence sur le marché de l’Internet. Aussi, nous avons amélioré la qualité de nos services et offert des tarifs abordables aux consommateurs », a indiqué Philippe Goabga.
Une capacité de bande passante multipliée par plus de trois
D’importants résultats ont été engrangés après quatre années de mise en œuvre de l’action publique en matière de développement d’infrastructures du numérique. Grâce au renforcement de l’installation de la fibre optique, de centres de données et d’un point d’atterrissement virtuel, la capacité internationale de bande passante Internet a été portée à 44,3 Gbps en 2019, contre 12 Gbps en 2016. La mise en service le 04 septembre dernier, du point d’atterrissement virtuel et du point d’échanges internet à Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, va encore booster les indicateurs dans le domaine du numérique au Burkina
Faso. En effet, le pays va passer de 44 gigabits avec les efforts conjugués, à 60 gigabits en fin 2020. Ainsi, la mise en service de 15 gigabits supplémentaires permettra également de faire passer la bande passante internationale globale disponible au Burkina à plus de 60 Gbps en 2020.
Le taux de pénétration de l’Internet est, quant à lui, passé de 6 % en 2015 à 30,4 % en 2019. Ces progrès ont notamment été rendus possibles grâce aux efforts de maillage du territoire en fibre optique, dont 861,8 km déployés en 2019 et 3 408 depuis 2016, grâce aux efforts conjugués de l’administration publique et des opérateurs de téléphonie. 390 sites ont par ailleurs été raccordés au Réseau informatique national de l’administration (RESINA), dans le cadre du projet qui vise à mettre à disposition de l’administration, l’infrastructure Cloud.
En effet, depuis 2016, le Burkina Faso a entrepris la mise en place d’une infrastructure Cloud accompagnant le secteur public et privé dans l’hébergement des services et données. L’infrastructure héberge en fin 2019, une trentaine de services et 570 utilisateurs de la plateforme e-learning.